Les yeux encore somnolents, je tends la main vers mon paquet de cigarettes. Rien de mieux qu’une bouffée de nicotine pour commencer la journée. Le cancer du poumon ne menace que ceux qui fument trop. Moi, je fume juste assez.
Le cappuccino à la main, je quitte la maison en courant. Dans mon sac, deux cannetes de Red Bull à boire plus tard. Sans stimulants, point d’énergie. Les risques de maladies cardiovasculaires? Aucun danger. Moi, je bois jamais plus de 10 cafés par jour.
Pour me rendre au boulot, je traverse deux ponts. En voiture, le temps passe vite : je déjeune, me maquille, réponds aux courriels, fais des appels tout en préparant ma réunion. Autour, les gens conduisent comme des fous. Je suis trop occupée pour le réaliser. Moi, je suis en sécurité.
À la fin de la journée, je suis crevée. Rien de mieux que d’assister au «5 à 7 Vin et Fromage» pour relaxer. Rien de mieux que l’alcool pour tout oublier.
L’estomac creux, je titube vers la table pleine de fromages appétissants. Je me goinfre de fromages d’ici, en prenant soin de tous les goûter. Tout bas, je me félicite de succomber à un plaisir sain. Moi et mon plaisir inoffensif de la journée…
Trois mois plus tard, je suis sur mon lit de mort. Le médecin a mentionné le mot «listériose». Il a parlé de bactéries et de fromage contaminé. Moi, je n’ai pas trop suivi.
J’aurai dû, donc dû, m’en tenir aux plaisirs mortels et dangereux. J’en serais peut-être encore vivante.

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