Publié dans le Montréal Campus, 22 octobre 2008
Ils s’annoncent dans les journaux comme des médiums capables de régler les problèmes d’amour, de travail ou même d’impuissance sexuelle en un temps record. Certains garantissent même un désenvoûtement en moins de 48 heures. Montréal Campus a tenté l’expérience.
Alexandra Negru
Dans un immeuble assez banal, M. Aboulis* procède aux consultations. Habillé en prêtre africain, le marabout reçoit dans son appartement un peu défraîchi. L’odeur des huiles se mélange à celle de la nourriture. Sur les murs sont accrochés de petits tapis décoratifs ornés de mosquées et de signes arabes. Une ambiance de sérénité profonde se dégage de la pièce sans meubles où se déroule le maraboutage.
M. Aboulis s’assoit par terre et ouvre un grand livre où les lettres arabes se confondent. Le Coran. Le client est invité à y glisser les 50 dollars que coûte la consultation. Lecture de l’avenir et analyse des solutions possibles aux problèmes d’aujourd’hui sont au menu.
Pendant qu’il procède aux incantations, le téléphone ne dérougit pas. Posé à côté de lui, un agenda où les rendez-vous de la journée sont marqués. Un client par demi-heure. Sur le tapis, de nombreux bocaux jonchent le sol. Certains sont remplis de riz, d’autres d’herbes et de plantes.
Les murmures du marabout cessent. Il annonce que deux potions seraient salutaires au client. Elles coûtent 150$ et donneraient des résultats en moins de deux semaines. La prochaine cliente sonne déjà impatiemment à la porte.
Des traditions ancestrales
«Les marabouts ont été l’un des vecteurs de diffusion de l’Islam en Afrique sub-saharienne. C’est une tendance mystique locale présente au sein de l’Islam sunnite, explique une spécialiste de l’histoire socio-religieuse de l'Afrique du sud du Sahara et de l’Islam à l’Université Laval, Muriel Gomez-Perez. Le marabout est un chef spirituel et un guide lettré pour de nombreux musulmans qui deviennent ses disciples. Il est censé dispenser un savoir, apporter le salut dans le monde d’ici et dans l’au-delà. Le tout forme une communauté avec ses rites, ses codes et ses pratiques particulières.»
Très présents en Afrique sub-saharienne, les marabouts se sont déplacés ici avec les vagues d’immigration africaines. «Nous avons emmené avec nous les traditions de nos ancêtres pour les mélanger aux habitudes occidentales», note M. Saliso, médium africain originaire de la Guignée possédant un don héréditaire. «Maintenant, ce ne sont plus seulement nos frères africains qui viennent demander notre aide, mais des gens de toutes les origines. Il n’y a pas de clientèle cible. Certains croient en nos pouvoirs, d’autres nous consultent par curiosité et nous adoptent ensuite. Les préjugés tombent dès qu’on prouve que nos dons sont réels.»
«Les marabouts travaillent à partir du Coran et possèdent des pouvoirs que le commun des mortels n’a pas. Il s’agit de dons héréditaires qu’ils développent tout au long de leur vie», explique Youssouf Manné, sénégalais d’origine et grand connaisseur de la culture religieuse. Chaque médium africain possède son domaine d’expertise et ses propres méthodes. Si certains sont polyvalents, d’autres se spécialisent dans certains domaines, comme la protection, la chance aux jeux ou l’impuissance sexuelle. Ils le précisent d’ailleurs dans leurs annonces publicitaires.
Guérisons et maraboutage
Il faut distinguer les guérisseurs des marabouts médiums. «Les guérisseurs utilisent la médecine traditionnelle pour traiter des affectations physiques, comme l’impuissance. Ils sont très nombreux au Sénégal et au Mali, mais moins au Québec. Ces marabouts soignent leurs patients avec des décoctions d'écorces, de racines et de feuilles, avec des prières et même avec des mouvements. Les médiums se concentrent davantage sur les problèmes abstraits, qu’il s’agisse de la réussite dans les affaires ou de l’amour. Ils préparent des potions et des talismans», explique Youssouf Manné.
Les marabouts guérisseurs sont considérés plus puissants que des simples voyants. «Ils sont des magiciens, tout simplement. Il ne faut pas toujours comprendre pour croire. Les marabouts sont capables de réaliser de vrais exploits. En voir un vrai à l’œuvre suffit pour semer le doute», affirme M. Saliso. Le maraboutage se résume à la prière, aux incantations et à la méditation, des pratiques qui drainent énormément d’énergie, selon M. Saliso. «On se dédie aux autres. Je l’ai fait à temps plein pendant dix ans, sans jamais avoir recours à la publicité. À présent, je ne fais pas plus d’une consultation par mois», raconte ce médium qui est récemment retourné aux études pour se bâtir une carrière plus conventionnelle.
M. Barry, qui annonce ses services dans différents journaux, vit du maraboutage. «Les clients ne manquent pas. La plupart du temps, les gens me consultent pour le retour de l’être aimé. Il est rare que je les déçoive, et ils me recommandent souvent par la suite.» M. Kebba abonde dans le même sens. «Les gens n’hésitent pas à payer s’ils sont satisfaits. Ils me font confiance et reviennent. Ils profitent de mes dons et moi, je profite de l’argent que je gagne!»
Les charlatans existent tout de même car le maraboutage n’est pas réglementé. «C’est certain qu’un peu n'importe qui peut se déclarer guérisseur, ce qui met en doute la compétence de certains. L’appât du gain pousse plusieurs à s’inventer des dons, mais ils ne font pas longue route», affirme Youssouf Manné.
Préjugés et méconnaissance
M. Saliso croit que les occidentaux ne sont pas assez ouverts au maraboutage en raison de leur manque de foi. Selon lui, cela les empêche de concevoir l’existence d’actions surnaturelles. «Il faut aller au-delà des simples sciences occultes pour comprendre les véritables marabouts guérisseurs. Un vrai marabout est capable de prédire l’avenir de manière extrêmement précise et de régler de nombreux problèmes seulement à partir du nom et prénom de son client. La date de naissance n’est pas essentielle, mais elle représente l’ADN de la personne. Les médiums africains qui pratiquent au Québec l’utilisent pour rassurer leur clientèle et fournir davantage de détails sur leur situation.»
«Dans leurs pays d’origine, les marabouts sont très respectés voire vénérés, considérés comme ayant des pouvoirs miraculeux. La tombe de certains marabouts, après leur mort, fait l’objet de pèlerinage», précise la spécialiste de l’histoire socio-religieuse de l'Afrique sud-Saharienne, Muriel Gomez-Perez.
«Les gens d’ici ont une fausse image des guérisseurs africains. Je ne m’habille pas en prêtre lorsque je sors et il n’y a rien qui pourrait vous faire croire que je suis marabout lorsque vous me voyez. Je suis un médium jeune, civilisé et moderne, qui utilise ses dons pour améliorer la vie des gens lorsque nécessaire. Et c’est très souvent nécessaire, parole de marabout!», conclue M. Kebba.
*Le nom de ce marabout a été modifié afin de préserver son anonymat.
29 oct. 2008
17 oct. 2008
Harper, leur ami
Il aime le pétrole. Nous…ben on s’en fout un peu, il n’y en a pas proche d’ici.
Nous aimons la culture. Lui aussi, il paraît. Mais il n’a plus d’argent pour la financer, comprenez? Dans la vie, il faut établir ses priorités. Les artistes, ça n’enrichit pas comme l’or noir. Eh ben.
C’est un bon père de famille. Qui va encourager son fils à ses matchs de hockey. Comme nous. Mais qui va aussi le foutre en prison à vie si jamais, à 16 ans, il commet un crime odieux. Nous ben…on aime penser qu’un jeune, on peut le réhabiliter. J’imagine qu’il faudra penser à construire davantage de prisons, c’est tout.
C’est un gars hyper positif…tout va bien aller, même l’économie. Nous, on le croit pas trop. La crise mondiale s’envenime, on commence à se demander si demain, on va encore travailler. Lui, il s’en fout un peu…sa job est un peu plus stable, voyez?
Surtout maintenant que vous l’avez réélu. Je dis «vous», mais je devrai dire «eux».
L’ouest, les Maritimes, même ces Ontariens qui semblent si proches… On est bien isolés…et pour une fois, j’en suis extrêmement flatté.
Vous sentez le vent tourner? Vous sentez les conservateurs vous souffler à l’oreille ces milles eu une idées qui, il n’y a pas si longtemps, personne ne considérait?
Vous n’avez pas peur de vous faire écraser par cette droite que presque plus rien ne semble freiner?
Nous aimons la culture. Lui aussi, il paraît. Mais il n’a plus d’argent pour la financer, comprenez? Dans la vie, il faut établir ses priorités. Les artistes, ça n’enrichit pas comme l’or noir. Eh ben.
C’est un bon père de famille. Qui va encourager son fils à ses matchs de hockey. Comme nous. Mais qui va aussi le foutre en prison à vie si jamais, à 16 ans, il commet un crime odieux. Nous ben…on aime penser qu’un jeune, on peut le réhabiliter. J’imagine qu’il faudra penser à construire davantage de prisons, c’est tout.
C’est un gars hyper positif…tout va bien aller, même l’économie. Nous, on le croit pas trop. La crise mondiale s’envenime, on commence à se demander si demain, on va encore travailler. Lui, il s’en fout un peu…sa job est un peu plus stable, voyez?
Surtout maintenant que vous l’avez réélu. Je dis «vous», mais je devrai dire «eux».
L’ouest, les Maritimes, même ces Ontariens qui semblent si proches… On est bien isolés…et pour une fois, j’en suis extrêmement flatté.
Vous sentez le vent tourner? Vous sentez les conservateurs vous souffler à l’oreille ces milles eu une idées qui, il n’y a pas si longtemps, personne ne considérait?
Vous n’avez pas peur de vous faire écraser par cette droite que presque plus rien ne semble freiner?
16 oct. 2008
Lâchez pas!
Alors que la majorité des hôtels montréalais sont parvenus à négocier une nouvelle convention collective pour leurs employés syndiqués, les deux partis de l’hôtel Fairmont Reine-Élizabeth sont loin d’arriver à une quelconque entente. En grève générale depuis le 28 août dernier, les quelque 600 travailleurs, membres de la Fédération du commerce de la CSN, ont vu leur convention collective arriver à échéance il y a déjà quatre mois.
Les syndiqués du plus gros hôtel du Québec, qui compte 1050 chambres, ont l'intention de ne reprendre le travail que lorsque leurs représentants et la direction de l'établissement auront convenu d'un règlement satisfaisant. Cela ne semble pas près de se concrétiser, si on en croit les négociations qui stagnent. Les grévistes ne doivent pas se laisser abattre par la lenteur du processus. Au contraire, il leur faut continuer à crier haut et fort leurs revendications. On finira bien par les entendre.
Leurs demandes n’ont pourtant rien de sorcier. Ils souhaitent d’abord et avant tout régler des problèmes vécus localement au quotidien. Ils demandent notamment une réduction de la charge de travail des préposées aux chambres, des mesures favorisant la conciliation entre la famille et le travail, pour s'occuper de leurs enfants et de leurs proches, des dispositions limitant fortement les recours aux agences de personnel, ainsi qu'un partage du coût des assurances plus favorable pour les salariés.
Des améliorations de leur environnement de travail et de leurs conditions de vie, somme toute. Pourtant, il y en a encore pour affirmer que les employés de l’hôtellerie sont très bien payés et qu’ils se plaignent le ventre plein. Mais ici, la question monétaire n’est pas le cœur du problème.
Les syndiqués présentement en grève pratiquent pour la plupart des métiers très stressants, qui restent encore sous-estimés. Par exemple, les préposées aux chambres nettoient quotidiennement 15 chambres. Elles désirent en faire une de moins, pour des raisons de santé physique et mentale notamment. Avez-vous une idée de l’état de la colonne vertébrale d’une de ces femmes qui se penche des centaines de fois par jour pour faire des lits et laver des planchers de salles de bain? Vous êtes-vous déjà demandé comment se sent celui qui pousse des chariots de linge extrêmement lourds pendant des heures lorsqu’il rentre chez lui? Une chose est sûre, ces personnes sont bien souvent épuisées et incapables de s’occuper adéquatement de leurs proches, faute d’énergie. Leur emploi met leur santé en danger, à plus ou moins long terme. On devrait les soutenir au lieu de les traiter de bébés gâtés.
Il est évident que dans un milieu de travail aussi stressant et exigeant que celui de l’hôtellerie, les salariés se doivent de posséder une bonne assurance qui les protège des risques du métier. Le coût de celle-ci ne doit toutefois pas les dépouiller de leur paye sous prétexte qu’ils peuvent bien se le permettre. Les employés ont raison de demander un coût plus raisonnable; il en va de leur portefeuille, après tout. Les patrons auront beau affirmer qu’ils ont déjà présenté leurs meilleures offres, les grévistes ne sont pas dupes. Tant et aussi longtemps que leurs voix ne seront pas entendues, les grévistes ont le devoir de refuser un retour au travail.
Au lieu de passer devant le Reine-Élizabeth en détournant les yeux et en ignorant les pancartes qui jonchent le trottoir, allez donc parler à quelques-uns des grévistes. C’est en leur posant des questions qu’on arrivera à mieux comprendre leur position dans ce conflit qui perdure. Peut-être que leurs patrons vont commencer à se poser eux-mêmes des questions lorsque d’autres voix se rallieront à celles des employés las d’être ignorés.
Les syndiqués du plus gros hôtel du Québec, qui compte 1050 chambres, ont l'intention de ne reprendre le travail que lorsque leurs représentants et la direction de l'établissement auront convenu d'un règlement satisfaisant. Cela ne semble pas près de se concrétiser, si on en croit les négociations qui stagnent. Les grévistes ne doivent pas se laisser abattre par la lenteur du processus. Au contraire, il leur faut continuer à crier haut et fort leurs revendications. On finira bien par les entendre.
Leurs demandes n’ont pourtant rien de sorcier. Ils souhaitent d’abord et avant tout régler des problèmes vécus localement au quotidien. Ils demandent notamment une réduction de la charge de travail des préposées aux chambres, des mesures favorisant la conciliation entre la famille et le travail, pour s'occuper de leurs enfants et de leurs proches, des dispositions limitant fortement les recours aux agences de personnel, ainsi qu'un partage du coût des assurances plus favorable pour les salariés.
Des améliorations de leur environnement de travail et de leurs conditions de vie, somme toute. Pourtant, il y en a encore pour affirmer que les employés de l’hôtellerie sont très bien payés et qu’ils se plaignent le ventre plein. Mais ici, la question monétaire n’est pas le cœur du problème.
Les syndiqués présentement en grève pratiquent pour la plupart des métiers très stressants, qui restent encore sous-estimés. Par exemple, les préposées aux chambres nettoient quotidiennement 15 chambres. Elles désirent en faire une de moins, pour des raisons de santé physique et mentale notamment. Avez-vous une idée de l’état de la colonne vertébrale d’une de ces femmes qui se penche des centaines de fois par jour pour faire des lits et laver des planchers de salles de bain? Vous êtes-vous déjà demandé comment se sent celui qui pousse des chariots de linge extrêmement lourds pendant des heures lorsqu’il rentre chez lui? Une chose est sûre, ces personnes sont bien souvent épuisées et incapables de s’occuper adéquatement de leurs proches, faute d’énergie. Leur emploi met leur santé en danger, à plus ou moins long terme. On devrait les soutenir au lieu de les traiter de bébés gâtés.
Il est évident que dans un milieu de travail aussi stressant et exigeant que celui de l’hôtellerie, les salariés se doivent de posséder une bonne assurance qui les protège des risques du métier. Le coût de celle-ci ne doit toutefois pas les dépouiller de leur paye sous prétexte qu’ils peuvent bien se le permettre. Les employés ont raison de demander un coût plus raisonnable; il en va de leur portefeuille, après tout. Les patrons auront beau affirmer qu’ils ont déjà présenté leurs meilleures offres, les grévistes ne sont pas dupes. Tant et aussi longtemps que leurs voix ne seront pas entendues, les grévistes ont le devoir de refuser un retour au travail.
Au lieu de passer devant le Reine-Élizabeth en détournant les yeux et en ignorant les pancartes qui jonchent le trottoir, allez donc parler à quelques-uns des grévistes. C’est en leur posant des questions qu’on arrivera à mieux comprendre leur position dans ce conflit qui perdure. Peut-être que leurs patrons vont commencer à se poser eux-mêmes des questions lorsque d’autres voix se rallieront à celles des employés las d’être ignorés.
Il faut partir!
L'opération militaire occidentale en Afghanistan a débuté il y a maintenait sept ans. Depuis, 96 soldats canadiens ont perdu la vie. Ce chiffre n’est en rien comparable avec le nombre de soldats américains ayant péri en Irak, mais cela reste significatif. À ce jour, presque quatre fois plus de soldats de la coalition ont été tués en Afghanistan que pendant toute l'année 2002. En 2007, 2600 attentats à l'explosif ont été commis, 100 fois plus qu'en 2002. Cette année, 30 travailleurs humanitaires ont été tués et 90 autres enlevés. Les pertes civiles ont doublé entre 2006 et 2007. Il faut que cela cesse, et tout de suite.
Aujourd’hui, le directeur parlementaire du budget à Ottawa, Kevin Page, nous apprend que la mission en Afghanistan aura coûté jusqu'à 18,1 milliards de dollars au moment du retrait prévu des troupes en 2011. M. Page souligne qu'il pourrait avoir sous-estimé le coût total de l'opération. Pour l’instant, cela représente environ 1500$ dollars par foyer canadien. Un montant qui ne peut être perçu comme dérisoire au moment même où l’économie canadienne éprouve de sérieuses difficultés. La récession n’est plus seulement un problème pour nos voisins du Sud. Elle nous menace aussi. Dans ces circonstances, il est complètement ridicule de gaspiller des milliards dans une mission de guerre qui, soyons francs, n’a pas beaucoup de chance d’aboutir en faveur des forces occidentales.
Le brigadier Mark Carleton-Smith, qui commande l'appareil militaire britannique surtout déployé dans la province voisine de Kandahar, où combattent les Canadiens, est du même avis. Il prédit d’ailleurs la nécessité de négocier avec les talibans afin d’arriver à une entente. Position largement partagée au sein de l’OTAN et du gouvernement afghan. Harper a tort d’espérer encore une victoire militaire franche dans un pays où les terroristes reprennent peu à peu le contrôle. Il est plus que temps que le Canada se retire avant que le tout ne se transforme en immense bourbier.
La progression territoriale du pouvoir taliban est logarithmique, comme la culture du pavot. La frontière pakistanaise demeure une passoire à djihadistes étrangers. C’est bien là que tout se joue, mais le nombre de soldats présents sur ce qu’on appelle la ligne Durand (nom de la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan) est bien trop faible pour combattre les talibans. Ceux-ci ne connaissent que trop bien les montagnes de cette zone aride, alors que les troupes occidentales sont très mal préparées pour y survivre et y combattre. De plus, les Afghans ne croient plus en une mission de sauvetage bâclée. Ils semblent se replier sur ce qui a toujours assuré leur survie: tradition, religion, pavot, méfiance vis-à-vis de l'Occident, soumission aux chefs locaux. Face à ces problématiques, 12 000 soldats, 24 hélicoptères et 36 chars d'assaut supplémentaires n’y changeront absolument rien.
Nous ne pouvons plus imposer aux Afghans des forces de sécurité, des équipes de reconstruction et des organisations humanitaires. Nous avons fait notre possible. Il faut désormais partir. Ce qui reste ne dépend plus nous, mais bien des Afghans.
Aujourd’hui, le directeur parlementaire du budget à Ottawa, Kevin Page, nous apprend que la mission en Afghanistan aura coûté jusqu'à 18,1 milliards de dollars au moment du retrait prévu des troupes en 2011. M. Page souligne qu'il pourrait avoir sous-estimé le coût total de l'opération. Pour l’instant, cela représente environ 1500$ dollars par foyer canadien. Un montant qui ne peut être perçu comme dérisoire au moment même où l’économie canadienne éprouve de sérieuses difficultés. La récession n’est plus seulement un problème pour nos voisins du Sud. Elle nous menace aussi. Dans ces circonstances, il est complètement ridicule de gaspiller des milliards dans une mission de guerre qui, soyons francs, n’a pas beaucoup de chance d’aboutir en faveur des forces occidentales.
Le brigadier Mark Carleton-Smith, qui commande l'appareil militaire britannique surtout déployé dans la province voisine de Kandahar, où combattent les Canadiens, est du même avis. Il prédit d’ailleurs la nécessité de négocier avec les talibans afin d’arriver à une entente. Position largement partagée au sein de l’OTAN et du gouvernement afghan. Harper a tort d’espérer encore une victoire militaire franche dans un pays où les terroristes reprennent peu à peu le contrôle. Il est plus que temps que le Canada se retire avant que le tout ne se transforme en immense bourbier.
La progression territoriale du pouvoir taliban est logarithmique, comme la culture du pavot. La frontière pakistanaise demeure une passoire à djihadistes étrangers. C’est bien là que tout se joue, mais le nombre de soldats présents sur ce qu’on appelle la ligne Durand (nom de la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan) est bien trop faible pour combattre les talibans. Ceux-ci ne connaissent que trop bien les montagnes de cette zone aride, alors que les troupes occidentales sont très mal préparées pour y survivre et y combattre. De plus, les Afghans ne croient plus en une mission de sauvetage bâclée. Ils semblent se replier sur ce qui a toujours assuré leur survie: tradition, religion, pavot, méfiance vis-à-vis de l'Occident, soumission aux chefs locaux. Face à ces problématiques, 12 000 soldats, 24 hélicoptères et 36 chars d'assaut supplémentaires n’y changeront absolument rien.
Nous ne pouvons plus imposer aux Afghans des forces de sécurité, des équipes de reconstruction et des organisations humanitaires. Nous avons fait notre possible. Il faut désormais partir. Ce qui reste ne dépend plus nous, mais bien des Afghans.
12 oct. 2008
L’anesthésie sous hypnose ---Un potentiel inexploré
Que diriez-vous si, à l’aube d’une chirurgie, on vous proposait une méthode d’anesthésie sans douleur, ni nausées postopératoires, vous permettant de boire et de manger sans délai? L’hypno-anesthésie, méthode peu répandue au Québec, commence à gagner en popularité.
Sandra Gambescia n’a ressenti aucune douleur lors de la naissance de ses deux enfants. Pourtant, elle n’a pas reçu d’épidurale. «Pas de piqûre, pas de mal! J’étais entièrement consciente, je sentais les contractions et le travail du bébé, mais je restais engourdie. L’hypno-anesthésie m’a permis de vivre les plus beaux moments de ma vie sans jamais souffrir.»
Utilisée assez fréquemment en dentisterie et en obstétrique, l’hypnose clinique est une technique qui aide le patient à contrôler la douleur en bloquant les signaux de celle-ci lorsqu’ils atteignent le cerveau. Elle peut remplacer l’anesthésie classique par sédatifs et analgésiques.
L’hypnose, un état d’hyper-concentration où l’inconscient occupe l’avant-plan, permet au patient d’être détendu, ses muscles se relâchent, son corps s’immobilise et sa fréquence respiratoire ralentit. Conscient pendant l’acte opératoire, le patient se dissocie de ce qui se passe dans la salle en allant chercher dans sa mémoire des moments agréables afin de les revivre.
En général, l’hypno-sédation est possible seulement dans les cas d’actes médicaux nécessitant une anesthésie locale. L’hypno-thérapeute et membre de l’Association des hypnologues du Québec, Betty Reis, croit cependant que la méthode ne possède pas de limites. «En Chine, l’hypnose est utilisée pour des chirurgies intra abdominales. Il a été scientifiquement prouvé que les chirurgies sous hypnose ont du succès, notamment en Belgique, en France et aux États-Unis. Tout dépend de la capacité de la personne de se déconnecter de son corps.»
Atouts et contre-indications
«Le but premier de l’hypnose clinique est de diminuer le stress, l’anxiété et la douleur pendant et après l’opération, ainsi que la prise de narcotiques après une chirurgie. Moins il y a de médicaments absorbés par le corps, plus le patient récupère rapidement», souligne Dr Carlos Cordoba, un chirurgien plasticien à l’Hôpital Notre-Dame ouvert à cette pratique. Encore considérée comme de la médecine alternative au Québec, l’hypnose est une technique médicale reconnue par les associations américaines et britanniques de médecine. «Ici, l’hypno-sédation ne fait pas partie de la formation générale d’un médecin. Si je m’y intéresse, c’est que je trouve qu’elle peut être utile dans de nombreux cas, même si elle possède ses limites», mentionne le chirurgien.
L’hypno-anesthésie n’est accessible qu’à ceux qui n’en ont pas peur. «Son succès repose sur une coopération et une confiance totale entre le chirurgien, l’hypno-thérapeute et le patient. De plus, la préparation du patient avant une chirurgie prend au moins huit semaines. L’hypnose est donc avantageuse pour les opérations qui ne pressent pas, comme les chirurgies esthétiques. Oubliez cette technique pour quelqu’un qui arrive aux urgences, ce serait complètement fou!» s’exclame Dr Cordoba.
Bloc opératoire sous hypnose
Mia Girard, docteur en médecine holistique, a subi l’an dernier une chirurgie majeure sous le bistouri du Dr Carlos Cordoba. «Avant de préparer mes patients, je voulais vivre l’hypno-anesthésie. Ma préparation avait tenu compte des conditions spécifiques d’un bloc opératoire comme le froid, les bruits, les néons. Cela m’a aidé à maintenir mon hypnose tout au long de la chirurgie.»
«Je n’entre dans la salle que lorsque le patient est sous hypnose, afin de lui permettre de se détendre en compagnie de son hypno-thérapeute, raconte le Dr Cordoba. Puis, je procède à l’acte médical. Bien sûr, j’ai toujours un plan B et un plan C au cas où la personne sortirait de l’état d’hypnose. Son hypno-thérapeute l’aide alors à se déconnecter de son corps à nouveau. Si cela échoue, on lui administre des sédatifs.»
Ceux qui craignent l’état d’hypnose s’empêchent de vivre une expérience agréable et unique, croit Sandra Gambescia, mère de deux enfants mis au monde à l’aide de l’hypnose clinique. «L’hypnose, ce n’est pas juste du spectacle. Les gens croient que “l’hypnologue” possède un contrôle total sur eux, qu’il est en mesure de leur faire faire la poule en claquant des doigts. C’est n’est absolument pas le cas.» Le patient peut en effet ouvrir les yeux à tout moment et décider de quitter la transe dans laquelle il est plongé.
Si l’hypnose clinique n’est pas ouvertement encouragée ni encadrée par le Collège des médecins, elle est tout de même acceptée. «Lorsque je réalise une opération sous hypnose, je ne fais rien d’illégal, tant et aussi longtemps que je n’impose pas cette méthode à mon patient. J’agis comme un médecin normal, seulement, je fais moins appel aux narcotiques. C’est un choix personnel», explique le Dr Cordoba.
Ceux qui ont peur des charlatans seront rassurés d’apprendre que l’Association des hypnologues du Québec possède son propre code de déontologie et gère la pratique de ses membres. «Pour devenir hypno-thérapeute médicale certifiée, j’ai dû hypnotiser un patient lors d’une chirurgie en présence des directeurs de l’Association, afin qu’ils puissent vérifier mes compétences», précise la Dr Mia Girard, de la clinique Mia Pour Toi.
Les contraintes budgétaires empêchent cependant l’hypno-sédation de prendre davantage d’expansion au Québec, selon le Dr Carlos Cordoba. «Nous manquons de temps opératoire. Le temps de préparation nécessaire à une hypnose avant une opération, qui est d’environ une heure dans le bloc opératoire, pénalise un autre patient car ce dernier ne pourra être soigné comme prévu. Au bout de la ligne, on perd du temps, ce qui coûte très cher.» Betty Reis, hypno-thérapeute, abonde dans le même sens. «Nous ne recevons aucune subvention et les coûts des “l’hypnologues” ne sont pas défrayés par le gouvernement. L’accessibilité de la méthode en prend un coup, c’est certain.»
Publié dans le MONTRÉAL CAMPUS, 8 octobre 2008
Sandra Gambescia n’a ressenti aucune douleur lors de la naissance de ses deux enfants. Pourtant, elle n’a pas reçu d’épidurale. «Pas de piqûre, pas de mal! J’étais entièrement consciente, je sentais les contractions et le travail du bébé, mais je restais engourdie. L’hypno-anesthésie m’a permis de vivre les plus beaux moments de ma vie sans jamais souffrir.»
Utilisée assez fréquemment en dentisterie et en obstétrique, l’hypnose clinique est une technique qui aide le patient à contrôler la douleur en bloquant les signaux de celle-ci lorsqu’ils atteignent le cerveau. Elle peut remplacer l’anesthésie classique par sédatifs et analgésiques.
L’hypnose, un état d’hyper-concentration où l’inconscient occupe l’avant-plan, permet au patient d’être détendu, ses muscles se relâchent, son corps s’immobilise et sa fréquence respiratoire ralentit. Conscient pendant l’acte opératoire, le patient se dissocie de ce qui se passe dans la salle en allant chercher dans sa mémoire des moments agréables afin de les revivre.
En général, l’hypno-sédation est possible seulement dans les cas d’actes médicaux nécessitant une anesthésie locale. L’hypno-thérapeute et membre de l’Association des hypnologues du Québec, Betty Reis, croit cependant que la méthode ne possède pas de limites. «En Chine, l’hypnose est utilisée pour des chirurgies intra abdominales. Il a été scientifiquement prouvé que les chirurgies sous hypnose ont du succès, notamment en Belgique, en France et aux États-Unis. Tout dépend de la capacité de la personne de se déconnecter de son corps.»
Atouts et contre-indications
«Le but premier de l’hypnose clinique est de diminuer le stress, l’anxiété et la douleur pendant et après l’opération, ainsi que la prise de narcotiques après une chirurgie. Moins il y a de médicaments absorbés par le corps, plus le patient récupère rapidement», souligne Dr Carlos Cordoba, un chirurgien plasticien à l’Hôpital Notre-Dame ouvert à cette pratique. Encore considérée comme de la médecine alternative au Québec, l’hypnose est une technique médicale reconnue par les associations américaines et britanniques de médecine. «Ici, l’hypno-sédation ne fait pas partie de la formation générale d’un médecin. Si je m’y intéresse, c’est que je trouve qu’elle peut être utile dans de nombreux cas, même si elle possède ses limites», mentionne le chirurgien.
L’hypno-anesthésie n’est accessible qu’à ceux qui n’en ont pas peur. «Son succès repose sur une coopération et une confiance totale entre le chirurgien, l’hypno-thérapeute et le patient. De plus, la préparation du patient avant une chirurgie prend au moins huit semaines. L’hypnose est donc avantageuse pour les opérations qui ne pressent pas, comme les chirurgies esthétiques. Oubliez cette technique pour quelqu’un qui arrive aux urgences, ce serait complètement fou!» s’exclame Dr Cordoba.
Bloc opératoire sous hypnose
Mia Girard, docteur en médecine holistique, a subi l’an dernier une chirurgie majeure sous le bistouri du Dr Carlos Cordoba. «Avant de préparer mes patients, je voulais vivre l’hypno-anesthésie. Ma préparation avait tenu compte des conditions spécifiques d’un bloc opératoire comme le froid, les bruits, les néons. Cela m’a aidé à maintenir mon hypnose tout au long de la chirurgie.»
«Je n’entre dans la salle que lorsque le patient est sous hypnose, afin de lui permettre de se détendre en compagnie de son hypno-thérapeute, raconte le Dr Cordoba. Puis, je procède à l’acte médical. Bien sûr, j’ai toujours un plan B et un plan C au cas où la personne sortirait de l’état d’hypnose. Son hypno-thérapeute l’aide alors à se déconnecter de son corps à nouveau. Si cela échoue, on lui administre des sédatifs.»
Ceux qui craignent l’état d’hypnose s’empêchent de vivre une expérience agréable et unique, croit Sandra Gambescia, mère de deux enfants mis au monde à l’aide de l’hypnose clinique. «L’hypnose, ce n’est pas juste du spectacle. Les gens croient que “l’hypnologue” possède un contrôle total sur eux, qu’il est en mesure de leur faire faire la poule en claquant des doigts. C’est n’est absolument pas le cas.» Le patient peut en effet ouvrir les yeux à tout moment et décider de quitter la transe dans laquelle il est plongé.
Si l’hypnose clinique n’est pas ouvertement encouragée ni encadrée par le Collège des médecins, elle est tout de même acceptée. «Lorsque je réalise une opération sous hypnose, je ne fais rien d’illégal, tant et aussi longtemps que je n’impose pas cette méthode à mon patient. J’agis comme un médecin normal, seulement, je fais moins appel aux narcotiques. C’est un choix personnel», explique le Dr Cordoba.
Ceux qui ont peur des charlatans seront rassurés d’apprendre que l’Association des hypnologues du Québec possède son propre code de déontologie et gère la pratique de ses membres. «Pour devenir hypno-thérapeute médicale certifiée, j’ai dû hypnotiser un patient lors d’une chirurgie en présence des directeurs de l’Association, afin qu’ils puissent vérifier mes compétences», précise la Dr Mia Girard, de la clinique Mia Pour Toi.
Les contraintes budgétaires empêchent cependant l’hypno-sédation de prendre davantage d’expansion au Québec, selon le Dr Carlos Cordoba. «Nous manquons de temps opératoire. Le temps de préparation nécessaire à une hypnose avant une opération, qui est d’environ une heure dans le bloc opératoire, pénalise un autre patient car ce dernier ne pourra être soigné comme prévu. Au bout de la ligne, on perd du temps, ce qui coûte très cher.» Betty Reis, hypno-thérapeute, abonde dans le même sens. «Nous ne recevons aucune subvention et les coûts des “l’hypnologues” ne sont pas défrayés par le gouvernement. L’accessibilité de la méthode en prend un coup, c’est certain.»
Publié dans le MONTRÉAL CAMPUS, 8 octobre 2008
7 oct. 2008
Une banalité marquante
Homme: Vous avez l’air de ne pas avoir dormi de la nuit.
Femme : Vous aussi. Vous avez l’air épuisé, c’est peu dire…
Homme : On devrait le faire ensemble la prochaine fois!
Femme : Êtes-vous en train de me proposer de ne pas dormir avec vous?
Homme : Quelque chose comme ça, oui…
(Dialogue tiré de Paris, par Cedric Klapisch)
Femme : Vous aussi. Vous avez l’air épuisé, c’est peu dire…
Homme : On devrait le faire ensemble la prochaine fois!
Femme : Êtes-vous en train de me proposer de ne pas dormir avec vous?
Homme : Quelque chose comme ça, oui…
(Dialogue tiré de Paris, par Cedric Klapisch)
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