24 févr. 2009

Pensée 9: Ne me regarde plus

Ne me regarde pas comme ça. Oublie-moi. Efface de ta mémoire tout souvenir. Fais pas comme si tu te rappelais. De toute façon, tu ne te rappelles plus.

Ne me regarde pas comme ça. Ignore-moi. Fais pas comme si je t’intéressais. De toute façon, je ne t’intéresse plus.

Ne me regarde pas comme ça. Anéantis-moi. Fais pas comme si mon état t’importait. De toute façon, ça fait longtemps que tu ignores comment, réellement, je vais.

Ne me regarde pas comme ça. Repousse-moi. Élimine l’espoir. Fais pas comme s’il subsistait, bien cachée, une quelconque possibilité. De toute façon, l’épilogue a été rédigé.

Ne me regarde pas comme ça. Tu me déstabilise. Je ne fais que te voir et nous revoir. De toute façon, trop d’images nourrissent mon désespoir.

Ne me regarde pas comme ça. Détourne-toi. Ferme tes yeux. Fais comme si je n’existais pas. De toute façon, je n’existe plus.

Pensée 8: La détresse ignorée

Il me l’a dit, mais au début, je n’ai pas vraiment compris. Il m’a expliqué, mais à cette maladie, je ne pouvais l’associer. Et puis soudain, si.

Ce regard lointain, détaché, trahissait le vide qui l’habitait. Ce calme légendaire, cette tranquillité n’étaient que de l’ennui déguisé. Cette intelligence supérieure qu’on lui attribuait a fini par lui peser. Du pied d’étal, il a peut-être voulu descendre, mais ne savait pas trop comment s’y prendre. Sa détresse, il a parfois voulu en parler. Peut-être même qu’il a essayé. Mais qui l’a écouté?

Lorsqu’on est catégorisé, lorsqu’on est promis au succès, difficile de se laisser tomber, même si ce n’est que pour mieux se relever.

Pourtant, lui, il l’a fait. Finis les sourires forcés. Fini le temps où il se mentait. Finie l’époque où il préférait tout nier. C’est au tour de la vérité de s’imposer. Quitte à ce qu’elle soit source de malaise, quitte à ce qu’elle ne soit pas tout à fait comprise, quitte à ce qu’elle culpabilise.

Sa maladie, elle a un nom. Dépression. Une maladie sournoise parce que souvent trop discrète. Une maladie invisible parce que trop vite, le regard se détourne. Une maladie qu’on attrape et qui nous pourchasse, comme un microbe trop tenace qui obstinément à nous s’accroche. Une maladie qu’on ne choisit pas mais qui, tout d’un coup, s’abat.
Une maladie qui se traite. Lentement. Parfois péniblement. Mais sûrement. Avec un peu d’aide et de soutien, assurément. Avec un peu d’intérêt, de chaleur, d’amour, de lumière. Et quelques pilules, bien sûr.

Une maladie qu’il ne faut jamais sous-estimer. C’est lorsqu’on l’imagine partie qu’elle revient brutalement s’immiscer dans nos vies.

2 févr. 2009

Le suicide

Le regard vide. Le corps épuisé. L’esprit confus. Trop de bruit autour. Trop dense, cette masse de gens qui m’entoure. J’ai hâte de m’étendre. Fermer les yeux et rêver. Fermer les yeux et oublier.

Elle, de l’autre côté, a l’air aussi fatiguée que moi. Son capuchon l’isole un peu. Elle est moins exposée. Je l’envie un peu. Des jours comme ça, je n’ai envie de voir personne. Et je déteste être vue.

Son métro s’en vient. La chanceuse, que je me dis. Elle sera chez elle avant moi. Elle va s’étendre, et moi, je vais continuer à suer dans ce branle-bas.

Je la fixe. Je viens de le réaliser. Sans aucune raison. Mon regard doit la pénétrer. Elle a du le sentir. Elle lève la tête. Et je la vois, soudain. Je vois son visage. Son regard plus vide que le mien. Son esprit qui souffre. Son corps au bord du précipice. Littéralement.
Et je comprends.

Mais on comprend toujours trop tard.

Un cri guttural et elle s’étend. Là, sur la voie. Peut- être ne pouvait-elle pas attendre d’arriver chez elle. Elle voulait rêver là, tout de suite. Elle voulait s’assurer d’oublier.

Je la fixe encore mais elle n’est plus là. Le wagon la recouvre. Je continue à fixer le vide. Tout s’embrouille. Je ne bouge plus.

Les autres, horrifiées, courent presque vers la sortie. Pour oublier, eux aussi.

Oublier la vision de cette illustre inconnue, morte étendue seule sur du béton froid.
Oublier car, de toute façon, il est trop tard pour l’aider.

Je reste là. Peut-être qu’en lui souriant, je l’aurais aidé. Qui sait. J’aurais au moins du essayer.

N’attendez pas qu’il soit trop tard. Sortez de votre bulle. Regardez autour de vous. Écoutez. Souriez. Réconfortez.

Des fois, cela peut sauver une vie.

Prévenez le suicide, jour après jour.
La semaine de la prévention (1er au 7 février) n’est qu’un prétexte pour en parler.
Maintenant, agissez.