30 sept. 2008

Pensée 3: Vouloir ne rime pas toujours avec pouvoir...

On aime toujours mieux ceux qui nous ignorent. On cherche toujours à attirer l’attention de ceux qui se foutent royalement de nous. L’être humain est ainsi fait qu’il voudra toujours ce qu’il ne peut obtenir.
Cela nous fait souvent souffrir, mais oh que cela nous donne l’impression de vivre. Car qui ne transporte pas sur ses épaules le poids d’un haltère ne sait pas réellement ce qu’est la vie, n’est-ce pas?
On respecte toujours davantage ceux qui ne l’ont pas eu facile, qui ont traversé le désert avant d’enfin échouer dans un oasis. On voudrait tous survivre à une souffrance, pour ensuite en parler à n’en plus finir. Cela nous fait sentir plus importants. Cela nous donne l’impression d’avoir des sentiments.
La simplicité, connais pas. J’aimerai toujours mieux l’inatteignable… c’est tellement plus excitant, trouvez pas?

25 sept. 2008

À la vie, à la mort

Il faut qu’on parle de lui. Même si c’est trop tard, déjà. Même si, pour lui, tout est fini.
Il y a très longtemps, il a fait une erreur. L’erreur de sa vie. L’erreur qui lui a valu une peine…à vie. Il a volé une vie. Et par le fait même, détruit plein d’autres vies.
Sa conscience, elle est meurtrie à vie. Les regrets, le mal, la culpabilité, à vie aussi.
Il avait à peine 16 ans. Un enfant, un délinquant, un fou…mais un enfant quand même.
25 ans ont passé depuis. Vous me direz que 25 ans, c’est pas une vie…eh bien, en prison, si. Alors voilà, il est libre. Mais la liberté, il ne sait pas quoi en faire. La vie, la vraie, il ne connaît pas. Il ne connaît plus.
Il est encore jeune, il pourrait se refaire une vie, qu’on lui dit. C’est ce qu’il a fait. Il a encore volé une vie.
Il ne faut pas lui en vouloir. C’est ce qu’il connaissait de mieux, le crime. C’est tout ce qu’il a appris. En dedans, tout est différent. La vie est perçue autrement. Le crime aussi.
Il est content. Il va retrouver ses amis. Il ne sera jamais réhabilité. Cette fois, il va vraiment y rester à vie.
Je voulais juste vous en parler. Parce que lui, c’est votre fils. Votre ami. Pas n’importe qui.
Parce qu’enfermer un enfant à vie, c’est le tuer. Et s’assurer de tuer autour de lui, une fois qu’on lui redonne sa «vraie» vie.

21 sept. 2008

Pensée 2: La solitude

La solitude n'a jamais eu goût plus amer. Seule. Seule entourée de bruits de voix, d'éclats de rire, de verres qui s'entrechoquent. Seule en train de regarder ma vie passer.
Le vide, ressenti au plus profond de soi. Ce vide qui ne sera jamais comblé. Ce vide qu'on a tant tenté d'oublier. Ce vide qu'on avait réussi à ignorer, qui faisait comme partie de nous sans que nous le sachions.
Un mal qui gruge une à une toutes les cellules du corps, sans aucune pitié, sans aucun remords. Un mal inexprimable parce que vide. Vide de sens. Vide de larmes. Vide d'amour. Vide de vie.
On pense si souvent oublier. On pense si souvent être fort. On pense trop. On a tout faux.

Pensée 1: L'amitié

L’amitié. La vraie. Existe-t-elle? Sous quelle forme? Que nous apporte-t-elle?

Ah, l’amitié…ce sentiment trop souvent confondu avec l’amour…bien sûr, il y a de l’amour dans l’amitié, et vice-versa, mais ce n’est pas que ça.

Un ami, c’est d’abord et avant tout quelqu’un à qui l’on peut avouer ses faiblesses sans qu’il en profite. Dans l’amitié, il n’y a aucune compétition, aucune confrontation. On veut le bien de l’autre, tout simplement. On est totalement en confiance, on ne craint pas la réaction de l’autre. Il y a un relâchement total.

Pourtant, tout cela n’empêche aucunement les désaccords. L’amitié n’est pas garante de compréhension, mais bien d’acceptation. Nous ne comprenons jamais l’autre totalement, et c’est tant mieux. Aimer, dans l’amitié, c’est «faire avec». Il ne s’agit pas de résignation, mais bien d’acceptation. Accepter l’autre tel qu’il est sans essayer de le changer de quelque manière que ce soit, comme dans l’amour.

Parfois, chercher à comprendre, c’est déjà chercher à changer l’autre.

L’amitié n’a rien de possessif, ne comble aucun manque. C’est une joie de sentir l’autre vivre différemment de nous- même, tout en le sachant près de nous. Il n’existe aucune rivalité dans l’amitié, aucune jalousie envers ceux qui entourent notre ami(e). Nous savons que toute relation en amitié est différente, et nous acceptons cette diversité. Nous sommes heureux de voir que l’ami a d’autres amis que soi, qu’il est bien entouré.

L’amitié par excellence est celle d’égal à égal. On ne regarde par l’autre d’en haut ou d’en bas. On le regarde en tant qu’ami. Cela ne veut pas dire que toute forme d’admiration est évacuée de l’amitié, mais cela élimine la fascination.

« En l’amitié de quoi je parle, nos âmes se mêlent et se confondent l’une et l’autre, d’un mélange si universel qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne peut s’exprimer qu’en répondant : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi. »

( Montaigne, Les Essais)

20 sept. 2008

Ces plaisirs qui tuent

Les yeux encore somnolents, je tends la main vers mon paquet de cigarettes. Rien de mieux qu’une bouffée de nicotine pour commencer la journée. Le cancer du poumon ne menace que ceux qui fument trop. Moi, je fume juste assez.

Le cappuccino à la main, je quitte la maison en courant. Dans mon sac, deux cannetes de Red Bull à boire plus tard. Sans stimulants, point d’énergie. Les risques de maladies cardiovasculaires? Aucun danger. Moi, je bois jamais plus de 10 cafés par jour.

Pour me rendre au boulot, je traverse deux ponts. En voiture, le temps passe vite : je déjeune, me maquille, réponds aux courriels, fais des appels tout en préparant ma réunion. Autour, les gens conduisent comme des fous. Je suis trop occupée pour le réaliser. Moi, je suis en sécurité.

À la fin de la journée, je suis crevée. Rien de mieux que d’assister au «5 à 7 Vin et Fromage» pour relaxer. Rien de mieux que l’alcool pour tout oublier.

L’estomac creux, je titube vers la table pleine de fromages appétissants. Je me goinfre de fromages d’ici, en prenant soin de tous les goûter. Tout bas, je me félicite de succomber à un plaisir sain. Moi et mon plaisir inoffensif de la journée…

Trois mois plus tard, je suis sur mon lit de mort. Le médecin a mentionné le mot «listériose». Il a parlé de bactéries et de fromage contaminé. Moi, je n’ai pas trop suivi.

J’aurai dû, donc dû, m’en tenir aux plaisirs mortels et dangereux. J’en serais peut-être encore vivante.