16 oct. 2008

Lâchez pas!

Alors que la majorité des hôtels montréalais sont parvenus à négocier une nouvelle convention collective pour leurs employés syndiqués, les deux partis de l’hôtel Fairmont Reine-Élizabeth sont loin d’arriver à une quelconque entente. En grève générale depuis le 28 août dernier, les quelque 600 travailleurs, membres de la Fédération du commerce de la CSN, ont vu leur convention collective arriver à échéance il y a déjà quatre mois.
Les syndiqués du plus gros hôtel du Québec, qui compte 1050 chambres, ont l'intention de ne reprendre le travail que lorsque leurs représentants et la direction de l'établissement auront convenu d'un règlement satisfaisant. Cela ne semble pas près de se concrétiser, si on en croit les négociations qui stagnent. Les grévistes ne doivent pas se laisser abattre par la lenteur du processus. Au contraire, il leur faut continuer à crier haut et fort leurs revendications. On finira bien par les entendre.
Leurs demandes n’ont pourtant rien de sorcier. Ils souhaitent d’abord et avant tout régler des problèmes vécus localement au quotidien. Ils demandent notamment une réduction de la charge de travail des préposées aux chambres, des mesures favorisant la conciliation entre la famille et le travail, pour s'occuper de leurs enfants et de leurs proches, des dispositions limitant fortement les recours aux agences de personnel, ainsi qu'un partage du coût des assurances plus favorable pour les salariés.
Des améliorations de leur environnement de travail et de leurs conditions de vie, somme toute. Pourtant, il y en a encore pour affirmer que les employés de l’hôtellerie sont très bien payés et qu’ils se plaignent le ventre plein. Mais ici, la question monétaire n’est pas le cœur du problème.
Les syndiqués présentement en grève pratiquent pour la plupart des métiers très stressants, qui restent encore sous-estimés. Par exemple, les préposées aux chambres nettoient quotidiennement 15 chambres. Elles désirent en faire une de moins, pour des raisons de santé physique et mentale notamment. Avez-vous une idée de l’état de la colonne vertébrale d’une de ces femmes qui se penche des centaines de fois par jour pour faire des lits et laver des planchers de salles de bain? Vous êtes-vous déjà demandé comment se sent celui qui pousse des chariots de linge extrêmement lourds pendant des heures lorsqu’il rentre chez lui? Une chose est sûre, ces personnes sont bien souvent épuisées et incapables de s’occuper adéquatement de leurs proches, faute d’énergie. Leur emploi met leur santé en danger, à plus ou moins long terme. On devrait les soutenir au lieu de les traiter de bébés gâtés.
Il est évident que dans un milieu de travail aussi stressant et exigeant que celui de l’hôtellerie, les salariés se doivent de posséder une bonne assurance qui les protège des risques du métier. Le coût de celle-ci ne doit toutefois pas les dépouiller de leur paye sous prétexte qu’ils peuvent bien se le permettre. Les employés ont raison de demander un coût plus raisonnable; il en va de leur portefeuille, après tout. Les patrons auront beau affirmer qu’ils ont déjà présenté leurs meilleures offres, les grévistes ne sont pas dupes. Tant et aussi longtemps que leurs voix ne seront pas entendues, les grévistes ont le devoir de refuser un retour au travail.
Au lieu de passer devant le Reine-Élizabeth en détournant les yeux et en ignorant les pancartes qui jonchent le trottoir, allez donc parler à quelques-uns des grévistes. C’est en leur posant des questions qu’on arrivera à mieux comprendre leur position dans ce conflit qui perdure. Peut-être que leurs patrons vont commencer à se poser eux-mêmes des questions lorsque d’autres voix se rallieront à celles des employés las d’être ignorés.

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