16 oct. 2008

Il faut partir!

L'opération militaire occidentale en Afghanistan a débuté il y a maintenait sept ans. Depuis, 96 soldats canadiens ont perdu la vie. Ce chiffre n’est en rien comparable avec le nombre de soldats américains ayant péri en Irak, mais cela reste significatif. À ce jour, presque quatre fois plus de soldats de la coalition ont été tués en Afghanistan que pendant toute l'année 2002. En 2007, 2600 attentats à l'explosif ont été commis, 100 fois plus qu'en 2002. Cette année, 30 travailleurs humanitaires ont été tués et 90 autres enlevés. Les pertes civiles ont doublé entre 2006 et 2007. Il faut que cela cesse, et tout de suite.

Aujourd’hui, le directeur parlementaire du budget à Ottawa, Kevin Page, nous apprend que la mission en Afghanistan aura coûté jusqu'à 18,1 milliards de dollars au moment du retrait prévu des troupes en 2011. M. Page souligne qu'il pourrait avoir sous-estimé le coût total de l'opération. Pour l’instant, cela représente environ 1500$ dollars par foyer canadien. Un montant qui ne peut être perçu comme dérisoire au moment même où l’économie canadienne éprouve de sérieuses difficultés. La récession n’est plus seulement un problème pour nos voisins du Sud. Elle nous menace aussi. Dans ces circonstances, il est complètement ridicule de gaspiller des milliards dans une mission de guerre qui, soyons francs, n’a pas beaucoup de chance d’aboutir en faveur des forces occidentales.

Le brigadier Mark Carleton-Smith, qui commande l'appareil militaire britannique surtout déployé dans la province voisine de Kandahar, où combattent les Canadiens, est du même avis. Il prédit d’ailleurs la nécessité de négocier avec les talibans afin d’arriver à une entente. Position largement partagée au sein de l’OTAN et du gouvernement afghan. Harper a tort d’espérer encore une victoire militaire franche dans un pays où les terroristes reprennent peu à peu le contrôle. Il est plus que temps que le Canada se retire avant que le tout ne se transforme en immense bourbier.

La progression territoriale du pouvoir taliban est logarithmique, comme la culture du pavot. La frontière pakistanaise demeure une passoire à djihadistes étrangers. C’est bien là que tout se joue, mais le nombre de soldats présents sur ce qu’on appelle la ligne Durand (nom de la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan) est bien trop faible pour combattre les talibans. Ceux-ci ne connaissent que trop bien les montagnes de cette zone aride, alors que les troupes occidentales sont très mal préparées pour y survivre et y combattre. De plus, les Afghans ne croient plus en une mission de sauvetage bâclée. Ils semblent se replier sur ce qui a toujours assuré leur survie: tradition, religion, pavot, méfiance vis-à-vis de l'Occident, soumission aux chefs locaux. Face à ces problématiques, 12 000 soldats, 24 hélicoptères et 36 chars d'assaut supplémentaires n’y changeront absolument rien.
Nous ne pouvons plus imposer aux Afghans des forces de sécurité, des équipes de reconstruction et des organisations humanitaires. Nous avons fait notre possible. Il faut désormais partir. Ce qui reste ne dépend plus nous, mais bien des Afghans.

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