5 nov. 2008

Pensée 5: Partir, revenir

Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part. C’est peut-être pour cela que j’aime tant partir. Et que je ne pense pas à revenir. À chaque retour, je suis toujours un peu plus vide. Au lieu de me remplir de souvenirs, je laisse derrière des bouts de moi. Des fragments. Des empreintes. Peut-être pour me libérer. Je reviens moins lourde après. Je reviens en étant moins moi. Je m’abandonne toujours un peu derrière, peut-être pour me refaire une fois de retour. Mais on ne se refait pas. Je me demande si, après avoir fait la tour du monde, je serai complètement vide. S’il ne restera que la coquille qu’est mon corps. Une coquille qui ne servira plus à rien car elle n’aura rien à protéger. Une coquille vide.
Ils disent qu’on apprécie toujours plus ce qu’on a lorsqu’on revient de loin. Lorsqu’on prend des distances pour comparer, voir le tout sous un autre jour. Moi, je ne vais pas ailleurs pour mieux aimer mon ici. À chaque fois que je reviens, je ramène avec moi un manque. Je me demande si, en partant pour toujours, j’anéantirai ce sentiment. Ou si, au contraire, je l’exacerberai. Un manque à remplir qu’on ne remplit jamais parce qu’on ne reste jamais assez longtemps quelque part pour y arriver. Et parce que si on reste, le manque nous dicte d’aller voir ailleurs pour ne pas tomber dans l’habitude et le confort trop stable. Un gouffre sans fin.
Je ne suis pas faite pour rester. Mais je ne peux partir sans revenir. C’est comme se trouver au milieu d’un pont qui risque de s’affaisser à tout moment. Se demander vers quelle extrémité courir afin de se sauver. Regarder d’un bord, regarder de l’autre. Et réaliser d’un coup qu’il est déjà trop tard. Sentir le vide sous ses pieds. Tomber, tomber pour ne plus avoir à chercher, ne plus avoir à penser.
Le gens se demandent souvent qui je suis, d’où je viens. Je ne suis pas d’ici, je ne suis pas d’ailleurs. Je viens peut-être de nulle part, ou alors je viens de partout. De là où on trouve une trace de moi, de là où j’en laisserai une. Je vais comment va la vie, en lui en voulant un peu parfois, mais en la laissant faire à sa guise. Elle me mènera où elle voudra. De toute façon, ce ne sera que de passage…

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